« Midi [4 octobre 1942]. – Dans cette terre sablonneuse, les bouleaux poussent aisément. Et le dénuement de l’automne les fait saillir davantage. J’ai lu dans Eckermann une curieuse remarque de Goethe sur les bouleaux. D’après Goethe, les bouleaux ne doivent jamais, dans un tableau, être peints au même plan, parce que leur feuillage trop grêle ne peut servir d’équilibre à la blancheur du tronc. Ruysdaël, il est vrai, place des bouleaux au premier plan, mais ce sont des bouleaux étêtés et sans feuilles.
J’ai toujours aimé les bouleaux, et leur tronc neigeux, leur grâce timide et virginale. À la ligne d’horizon, le long des maisons du village allemand, ces bouleaux mettent un accent qui pour moi n’a rien de germanique : ils sont comme des arbres de France, prisonniers eux aussi et frileux. »
GUITTON, Jean, Pages Brûlées (Journal de captivité 1942-1943), Paris, Albin Michel, 1984 (réédition), p. 138.