« […] l’un [Descartes], prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers principes par quelques idées claires, & fondamentales, pour n’avoir plus qu’à descendre aux phénomènes de la Nature, comme à des conséquences nécessaires ; l’autre [Newton], plus timide, ou plus modeste a commencé sa marche par s’appuyer sur les phénomènes pour remonter aux principes inconnus, résolu de les admettre, quels que les pût donner l’enchaînement des circonstances. L’un part de ce qu’il entend nettement pour trouver la cause de ce qu’il voit, l’autre part de ce qu’il voit pour en trouver la cause soit claire soit obscure. Les principes évidents de l’un ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu’ils sont ; les phénomènes ne conduisent pas toujours l’autre à des principes assez évidents. Les bornes, qui dans ces deux routes contraires ont pu arrêter deux hommes de cette espèce, ce ne sont pas les bornes de leur Esprit, mais les bornes de l’Esprit humain. »
FONTENELLE, Bernard de [1657-1757], Éloge de M. Newton, 1728, pp. 23-24 – URL : https://gallica.bnf.fr