« Le baiser que ma grand-mère me donnait au seuil de la nuit était un rite de bonheur auquel je n’aurais renoncé pour rien au monde. A l’heure où, ma fenêtre ouverte sur la soirée d’été, la pénombre qui envahissait ma chambre m’obligeait à délaisser mon livre, je m’astreignais à rester éveillé jusqu’au moment où j’entendais son pas dans l’escalier. Je fermais alors les yeux pour simuler le sommeil et savourer en silence la caresse de la vieille main bosselée et sèche qui m’effleurait le front tandis qu’une bouche bien-aimée cherchait ma joue dans le noir. »

BERTIN, Charles, La petite dame en son jardin de Bruges, Arles, Actes Sud, Babel n° 341, 1996, p. 42.
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