Propos d’un prêtre à propos de son ministère dans la première moitié du XXième siècle :
« 〔…〕 il si facile de manquer à l’amabilité. Il est si facile de passer sa mauvaise humeur d’un matin sur un enfant de chœur ; il est si facile de tancer les enfants qui courent sur le gazon et troublent mon repos par leurs cris près de ma fenêtre. Il est si facile de se montrer brusque, lorsque quelqu’un téléphone à une heure déraisonnable pour poser une question naïve à laquelle il a été répondu dans les annonces du dimanche précédent ; il est si facile de vitupérer une paroissienne bavarde, quand j’apprends qu’elle a publiquement mis en doute mon infaillibilité. Il est si facile de s’exaspérer contre le président de la Fraternité dont la jeune irresponsabilité a fait échouer un projet favori ; il est si facile de remettre à sa place un membre borné du comité paroissial qui montre tant d’arrogance dans son ignorance.
Toutes ces choses sont faciles. Mais il est si dur de sourire et d’être arrangeant, quand on a mal à la tête et qu’on aimerait un peu de compassion ; il est si pénible de demeurer calme, quand des parents demandent un baptême à une heure spéciale pour un enfant qui aurait dû être amené il y a un mois ; il est si pénible de dire oui, quand on est invité à un mariage, alors qu’un bon livre vous attend à la maison ; il est si pénible de… Mais pourquoi citer d’autres cas ? Il est si pénible d’être semblable au Christ.
Et pourtant, cela est nécessaire. C’est nécessaire, si l’on veut affronter le Jugement dernier avec espoir. En jetant un regard sur mes vingt et quelques années de sacerdoce, je ne puis me rappeler un seul cas d’apostasie, parce que le curé était un ivrogne ou un libertin. Mais il m’est impossible de compter sur mes doigts les ex-catholiques qui "ont eu des histoires avec le prêtre", "une discussion avec le père Gripper", "Le curé m’a dit que je ne valais rien", et ainsi de suite avec toutes les variantes bien connues de quiconque fait la visite d’une paroisse. En bien des cas, ce sont naturellement de purs prétextes. Toutefois, il demeure évident que le prêtre qui succombe à la faiblesse de la chair, même jusqu’à l’apostasie, ne fait pas à l’Église du Christ le dixième du tort que lui cause le prêtre sans amabilité.
Ce serait merveilleux, me dis-je, si nous autres prêtres nous étions connus comme une classe spéciale, "les hommes les plus aimables du monde" ! »
TRESE, Léo, Comme un vase d’argile, Le Laurier, 2007, pp. 68-70, cité par : ARFUCH, Diego, Vivre sa foi en lisant les pères de l’Église, Salvator, 2025, pp. 91-93.