« En 1938, l’excellent écrivain allemand Ernest-Erich Noth publie à Paris, en français, un livre prophétique dans lequel il dénonce les crimes des pays totalitaires et prévoit le pire si les Occidentaux continuent leur politique passive. "La guerre totale que certaines puissances voudraient déchaîner sur l’Europe nécessite une préparation idéologique. Les puissances d’attaque et de destruction ont reconnu les premières cette nécessité et en ont tiré les conséquences. Ce n’est pas seulement en ce qui concerne la diplomatie et la technique militaire que les Etats totalitaires se sont assuré l’initiative des opérations, mais aussi dans le domaine de la propagande intellectuelle." (Ernst-Erich Noth, L’homme contre le partisan, Paris, 1938, p. 66). […] Non seulement la France et la Grande-Bretagne ne ripostaient pas au Reich hitlérien par la moindre propagande, ne fût-ce qu’au moyen de la radio, mais elles estimaient convenables, au nom de leur civilisation, de répondre par un excès de correction aux incorrections nazies. "Et pourtant", écrit encore Noth, "le nazisme éveille à l’étranger, dans les cercles les plus étendus, une admiration qui est vraiment une forme de suicide et que la brutalité même des effets dus à une organisation colossale n’arrive pas à atténuer. Dans ce phénomène apparaît tout le danger d’une politique mal comprise de concession, car il ne s’agit de rien moins que l’abdication de l’esprit devant quelque chose d’inférieur : la force" (op. cit., p. 68). »
BERNARD, Henri, L’autre Allemagne, La résistance allemande à Hitler 1933-1945, Waterloo, La Renaissance du livre, 1976, pp. 103-104.