Bonne distance

La « complémentarité [homme-femme] est celle de deux totalités mystérieuses. Ainsi, leur altérité ne saurait essentiellement se définir en termes psychologiques quantifiables : absence ou présence à divers degrés de certaines aptitudes ou de certains comportements, le plein de l’un comblant, en quelque sorte, le creux de l’autre et vice versa. La femme n’est pas nécessairement plus intuitive ou plus intériorisée que l’homme, plus raisonneur et plus actif. L’expérience invalide ce type de stéréotypes. L’altérité homme-femme ne désignerait-elle pas plutôt la distance mystérieuse, inconceptualisable – "la bonne distance", selon une expression d’Emmanuel Levinas –, qui rend possible le dialogue des personnes ? Créés dans et par le Logos, les humains, hommes et femmes, sont par essence des êtres de parole. Interlocuteurs de Dieu et interlocuteurs les uns des autres, ils sont appelés à coopérer et à s’accomplir mutuellement dans ce double dialogue qui culmine parfois, en des moments de grâce – "quand le cœur parle au cœur" – dans le silence d’une communion ineffable. Communion qui n'est ni conjonction des pièces faites pour être assemblées, ni fusion dans l’indistinction, mais don réciproque, accueil total de l’autre différent : "Seigneur Amour, je te rends grâce pour le Principe féminin que tu as introduit dans ton univers et que tu as intimement associé au salut du monde." »


BEHR-SIGEL, Élisabeth [théologienne orthodoxe], Un moine de l’Église d’Orient. Le père Lev Gillet, Paris, Cerf, 1993, p. 83, citée par Lacelle, Élisabeth J., Élisabeth Behr-Sigel, dans : Divers (sous la dir. de Jean Genest), Penseurs et apôtres du XXe siècle, Québec, Fides, 2001, p. 379.

Facebook
LinkedIn
X
Imprimer
Email