Bonheur cherché, malheur trouvé

« La poursuite universelle du bonheur et le malheur généralisé dans notre société (ce sont les deux faces d’une même médaille) sont des signes très précis que nous avons commencé à vivre dans une société de travail qui n’a pas assez de labeur pour être satisfaite. Car l’animal laborans, et non pas l’homme de métier, ni l’homme en action, est le seul qui ait jamais demandé à être heureux ou cru que les mortels peuvent être heureux.

Un des signaux d’alarme les plus visibles indiquant que nous sommes peut-être en voie de réaliser l’idéal de l’homo laborans, c’est la mesure dans laquelle toute notre économie est devenue une économie de gaspillage dans laquelle il faut que les choses soient dévorées ou jetées presque aussi vite qu’elles apparaissent dans le monde pour que le processus lui-même ne subisse pas un arrêt catastrophique. »

ARENDT, Hannah, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann Lévy, 1961 et 1983 (éd. originale anglaise : 1958), pp. 184-185.
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